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13.04.2006

La loi "anti-tabac" attendra...

Echaudé par la crise du CPE, Dominique de Villepin a suggéré une large consultation sur l'interdiction de la cigarette dans les lieux publics avant de prendre la moindre décision

Soucieux d'éviter toute nouvelle polémique au lendemain de la crise du CPE, Dominique de Villepin a tempéré hier soir les ardeurs anti-tabac de son ministre de la Santé Xavier Bertrand, lui suggérant plutôt "d'organiser dans les prochains mois une large consultation" sur le sujet et de "procéder à une évaluation approfondie des différentes solutions en concertation avec tous les acteurs concernés au niveau national et local". Pas de décision rapide en vue, donc.
Diplomate, le ministre de la Santé a affirmé quelques heures plus tard à l'Assemblée nationale qu'il souhaitait "convaincre plutôt que contraindre". "Et pour convaincre, a-t-il ajouté, il faut savoir qu'avancer aujourd'hui, c'est continuer à consulter et à concerter". Une déclaration prudente qui n'a pas convaincu, loin s'en faut, les partisans, majoritaires, d'un bannissement complet de la cigarette dans les lieux publics. Déposée début novembre, la proposition de loi anti-tabac a en effet reçu le soutien de 79 députés UMP et UDF tandis qu'un texte identique était co-signé à gauche par 91 élus.
"Un gouvernement vraiment faible"
Les remarques assassines ont aussitôt fusé. "C'est de l'hypocrisie totale", estime, pipe à la main, le communiste Maxime Gremetz. Il s'agit ni plus ni moins d'une "dérobade" et d'une "défaite de santé publique qui fait le jeu des lobbies", s'insurge le socialiste Jean-Marie Le Guen. Pour Gaëtan Gorce (PS), Dominique de Villepin "n'a plus vraiment la crédibilité pour essayer d'imposer à l'opinion publique des décisions, qui, même si elles peuvent être populaires, susciteront des résistances". Auteur de la première loi anti-tabac en France, Claude Evin (PS), constate enfin sans surprise le "manque de courage d'un gouvernement vraiment faible qui ne fera rien".
A droite, les prises de position sont tout aussi critiques. "Les Français sont exaspérés de voir un gouvernement qui avance, qui recule, sur un tango permanent. Avec le CPE, c'est la gueule de bois. Pas de gueule de bois à répétition si possible", commente le sarkozyste Claude Goasguen (UMP). "A partir du moment où Xavier Bertrand a trouvé un accord avec les buralistes, il ne faut pas trembler et avoir peur de son ombre", se moque Lionnel Luca (UMP). Quand au député UMP Yves Bur, fer de lance de la lutte anti-tabac, il pronostique que le débat va être enterré ou repoussé à plus tard" avant d'ajouter avec amertume que "le lobby du tabac a une fois de plus gagné".
De fait, la reculade du gouvernement fait un heureux: le président de l'Union des métiers et des industries de l'hôtellerie (UMIH) André Daguin qui est le seul à se déclarer "satisfait du fait que rien n'ait été fait".

Source: lexpress.fr

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