04.03.2006

Taxe sur les billets d'avion pour l'aide aux pays pauvres : effort insuffisant... peut mieux faire

À l’occasion de la conférence internationale des financements innovants du développement, convoquée par le président français Jacques Chirac, douze pays sur la centaine présente sont tombés d’accord pour taxer les billets d'avions. L’objet de cette taxe sera d’alimenter un fond dédié à la lutte contre le sida, le paludisme et la tuberculose dans les pays pauvres. Ces maladies tuent actuellement plus de 6 millions de personnes par an.


Cette conférence avait pour but de convaincre les États représentés de l'utilité d’un système de contribution à la solidarité internationale avec une taxe sur les billets d'avion. La France et le Chili ont annoncé qu’elles appliqueront dès cette année une taxe sur les billets d'avion. La Norvège a pour sa part manifesté son intention de mettre en oeuvre prochainement cette taxe. Enfin le Brésil, Chypre, le Congo, la Côte d'Ivoire, la Jordanie, le Luxembourg, Madagascar, Maurice et le Nicaragua ont affirmé leur intention d'appliquer une contribution internationale de solidarité sur les billets d'avion.

En revanche, comme on pouvait s’y attendre, les États-Unis, le Canada, l'Australie, ainsi que neuf états membres de l'Union européenne (Italie, Irlande, Finlande, Portugal,…) ont rejeté l’idée de mettre en place ce mécanisme.

La principale avancée de cette conférence aura été de passer enfin d’une gesticulation sur le « pourquoi du comment » à l’étape des modalités d’applications. «Jusqu'ici, les débats étaient exploratoires. Ici, à Paris, nous passons au stade suivant : discuter de propositions concrètes», a ajouté Kofi Annan, secrétaire général des Nations Unies.

En pratique, cette taxe allant de un à 40 euros (selon la destination et la classe) entrera en vigueur au 1er juillet 2006 pour les passagers embarquant depuis la France et devrait permettre de réunir environ 200 millions USD pour monter une centrale d'achat de médicaments.

Il faut donc saluer les avancées réalisées au cours de cette conférence qui aura eu le mérite d’aboutir sur un peu plus que des déclarations de bonnes intentions. Toutefois, on est bien forcé de constater que l’on est encore loin du compte en matière d’aide publique au développement (APD).

En 1969, une commission de l’ONU présidée par l’ex-premier ministre canadien Lester B. Pearson, alors ambassadeur à l'ONU, appelait tous les États à consacrer au minimum 0,7 % de leur Revenu National Brut (RNB) à la coopération internationale. Trente-sept ans après, les résultats sont loin d’être au rendez-vous. Avec 78,6 milliards USD consacrés en 2004, le chiffre peut paraître important dans l’absolu, mais ce total représente seulement 0,25 % du RNB global des membres du Comité d'aide au développement. On peine donc allégrement à atteindre le tiers des objectifs.

Dans ce concert de bonnets d’âne, les seuls pays qui dépassent l'objectif de 0,7 % de leur RNB pour l'APD sont le Danemark, le Luxembourg, la Norvège, les Pays-Bas et la Suède.

Ainsi, il faut donc bien se garder de tout gargarisme face à cette taxe sur les billets d’avion, qui ne doit pas devenir le cache misère devant nos yeux occidentaux. Et Kofi Annan de rappeler: «Ce serait pécher par excès d'optimisme de croire que les sources de financements novatrices permettront à elles seules de mobiliser suffisamment de ressources pour que nous atteignions les objectifs du millénaire.» Ces derniers prévoyant une réduction de moitié de la pauvreté dans le monde d'ici à 2015.

En effet, l’apport de cette nouvelle contribution aussi souhaitable soit-elle, reste dérisoire face aux besoins. L’APD se limite actuellement à 78,6 milliards USD, alors qu’elle devrait dépasser les 200 milliards USD. Ce ne sont donc pas les quelques 200 millions USD de la taxe sur les billets d’avion qui permettra de réaliser le grand écart.

Alors que faire ? Il semble que le PNUD ait sa petite idée sur la question à en croire son Rapport Mondial sur le Développement Humain de 2005 :

« Sur la base du modèle de distribution du revenu mondial, nous avons réalisé une estimation du financement total nécessaire pour que tous puissent vivre au-dessus du seuil de pauvreté d'un dollar par jour. Le calcul prend donc en compte le niveau de pauvreté ou l'écart entre le revenu d'un foyer et le seuil de pauvreté. Mesuré en termes de parité des pouvoirs d'achat de 2000, le coût de l'éradication de la pauvreté extrême, à savoir le montant nécessaire pour faire passer un milliard de personnes au-dessus du seuil de pauvreté d'un dollar par jour, s'élève à 300 milliards de dollars. En valeur absolue, ce chiffre paraît exorbitant. Néanmoins, il équivaut à moins de 2% du revenu des 10% les plus riches de la population mondiale.» PNUD- Rapport Mondial sur le Développement Humain 2005, p40.

Le calcul parait si simple… et pourtant…

Source: liberation.fr
Merci à Zelda.

02.03.2006

La France adopte la taxe sur les billets d'avion

A la suite de la Conférence de Paris qui s'est close hier, Jacques Chirac s’est félicité d’avoir incité 13 pays à mettre en place la taxe sur les billets d’avion. Proposée par la France, qui sera la première à l’appliquer à partir du 1er juillet prochain, cette taxe va financer une partie de l’aide aux pays pauvres. La France n’a malheureusement pas su convaincre de très grands pays, mis à part le Chili, le Brésil, et le Royaume-Uni. Les recettes de cette taxe sont estimées entre 300 et 400 millions d'euros par an, dont la moitié proviendra de la France.
Par ailleurs, 38 pays réunis dans un groupe-pilote vont créer une Facilité internationale d'achat de médicaments (FIAM). Ce fond sera alimenté par les recettes de la taxe sur les billets d’avion et par les sommes versées par les pays qui ne souhaitent pas mettre en place ce prélèvement. Il sera destiné à la lutte contre le sida, le paludisme et la tuberculose : il s’agit de baisser le coût des médicaments pour qu’ils soient plus accessibles aux pays pauvres.

Source: en3mots.com